On se reverra, Isa

J’avais commencé ce blog par amour (timide) de l’écriture et de la réflexion sur les jeux vidéo, et aussi parce que je savais qu’il pouvait intéresser quelqu’un qui compte énormément pour moi et pour qui j’aurais tout fait pour attirer un peu d’attention : ma grande soeur, Isabelle. J’ai laissé ces pages en friche, malgré les encouragements de proches, dont elle particulièrement. J’avais en projet de reprendre l’écriture, mais je pensais avoir le temps et donc avais laissé la procrastination s’installer.

Sauf que voilà, il y a dix jours, ma grande soeur est décédée, brutalement, à l’âge de 39 ans. J’ai voulu écrire pour elle, ai passé des nuits d’insomnie à formuler dans ma tête ce que je pourrais dire. Au final, je pense que m’exprimer ici et continuer ce blog est le meilleur hommage que je puisse lui faire.

Isa a été là à chaque étape de ma vie, et a toujours été ma protectrice ainsi que mon initiatrice. Comme je le disais dans cette anecdote, c’est elle qui m’a mis ma première manette entre les mains. A cette époque, nous n’arrêtions pas de nous mettre sur la gueule, et son but en investissant dans la Nes, était que nous puissions nous taper dessus par Punch Out interposé ; chose que nous n’avons jamais fait, au final. Par contre, c’est elle qui a fait naître mon amour des jeux d’aventure/action avec Zelda et Castlevania et de la plateforme avec Mario, Batman ou Duck Tales.

En vieillissant, elle s’est un peu distancée des jeux vidéo, et c’était plutôt moi qui choisissais les nouveaux jeux, mais elle n’était pas bien loin pour les tester. Nous avons fini ensemble Mickey & Donald World of Illusion. Il y avait une musique en particulier qu’elle trouvait magnifique :

Je me souviens également de ses crises de nerf sur les phases de plateforme en 3d isométrique insupportable sur Landstalker, ou perdue dans les donjons de Phantasy Star 2.

Sur la génération suivante, bien plus tard, elle avait essayé Final Fantasy 7, mais avait finalement cédé à son début de passion pour les jeux compétitifs sur Soul Blade. Nous avons passé de très nombreuses soirées avec ses amis à nous taper dessus 🙂 Son personnage préféré ? Taki, une vraie plaie contre moi qui ne jurais que par Seung Mina !

Quelques années plus tard, c’est sur Mario Kart, Super Smash Bros Melee et Mario Tennis que nous avons passé des soirées endiablées chez Mémé. Elle avait l’art de broder des histoires autour de ce qu’il se passait à l’écran, avec ses intonations particulières, et chaque séance était hilarante et délirante.

Et autour de mes 20 ans, j’ai découvert les mmorpg avec Dofus. Je n’ai jamais réussi à la faire jouer à ce jeu qu’elle trouvait trop lent ! Par contre, son attention avait été attiré par Guild Wars, qu’elle avait acheté juste pour sa jaquette.

Le multijoueur en ligne ouvrait de nouvelles possibilités de jeu, et elle me disait que parfois, elle se posait à Ascalon et se laissait hypnotiser par le flood du canal commerce. C’est sur GW qu’elle a rencontré Max : un soir, nous avions besoin d’un pick up pour une Coop dans le désert. Nous avons joué avec Takuan le moine, et comme le courant passait bien, nous lui avons proposé de rejoindre notre guilde. Et c’est ainsi que tout a commencé pour eux…

Nous étions plusieurs de Dofus à avoir migré sur Guild Wars, et avions décidé de garder le nom de notre guilde (parce que prout, ça pétait la classe) : les Purs Uuurs. Isa a finalement été choisie pour prendre le lead des Uuurs guildwarsien, pour sa sagesse et sa maturité. Nous lui avons naturellement décerné le titre de Maman Uuurs. Je ne lui ai jamais dit, mais sous une petite couche de jalousie,  j’étais très fière de l’avoir pour cheffe ; c’était un peu comme l’aboutissement de notre parcours vidéoludique commun.

Et peu importe les jeux sur lesquels nous avons trainé nos guêtres après ça, elle est toujours restée Maman Uuurs, notre cheffe et ciment. Il y a trop à raconter sur ces dernières années de jeux en ligne, de Wow à Guild Wars 2 en passant par Age of Conan, Overwatch ou encore Hots. Même si nous n’étions pas toujours collées l’une à l’autre, nous savions que tôt ou tard, un jeu allait nous réunir à nouveau.

Et puis finalement, elle avait réussi à accrocher à Final Fantasy XIV. Après des années à espérer l’y pousser, elle était là, un peu sous ma pression, pas mal sous celle de Max, mais ça avait fini par prendre. Elle avait même en avatar Facebook sa lalafell, dans son grand manteau noir que je lui avais offert, et dont elle était fière.

On allait enfin pouvoir vivre de nouvelles aventures, et j’avais vraiment hâte de lui montrer toutes les beautés d’Eorzea, tous ces combats aux musiques envoûtantes et aux mécaniques tordues dont nous allions discuter pendant des heures.

Mais tout ça, ça n’arrivera pas ; et ce n’est qu’une poignée de regrets parmi toutes les choses que nous devions faire ensemble, IRL comme IG.

A défaut de vivre de nouvelles aventures communes, je continuerai à écrire ici nos anecdotes du passé et mes ressentis futurs sur cette passion qui nous a lié.

C’est le moins que je puisse faire pour honorer ta mémoire et ton héritage culturelle, Isa.

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